Quinze ans dans les paddocks du MotoGP

Avant l’industrie et le BTP, il y a eu les circuits. Pendant une quinzaine d’années, j’ai photographié le MotoGP — des premières accréditations au Mans jusqu’aux photos officielles du championnat, en passant par les grilles de départ et le paddock. Voici cette histoire, en images.

David Piolé, photographe, en bord de piste avec son téléobjectif sur la grille d'un Grand Prix

Les débuts

Le MotoGP, c’est le graal de la photo de moto. Et il se court chez moi, au Mans.

J’avais déjà vécu ce Grand Prix, mais depuis les tribunes, en spectateur. Tout bascule en 2004 : je gagne un concours photo organisé par l’Automobile Club de l’Ouest, et c’est le début de ma collaboration avec le circuit du Mans.

Grâce à elle, je décroche ma première accréditation pour le Grand Prix de France et je passe enfin de l’autre côté — en bord de piste, au cœur de l’action, là où on peut faire les images qui paraissent dans les plus grands magazines.

Ce week-end-là décide de la suite : je ne veux plus une course par an, j’en veux dix.

Sur les circuits européens

Peu après, je démarre une collaboration avec MCV, un magazine portugais. Grâce à lui, je couvre les grands circuits — Jerez, Brno, Valencia — en MotoGP comme en World Superbike, avec un accès complet aux stands, aux box et aux pilotes.

En parallèle, par l’intermédiaire de l’agence Iconsport, mes photos commencent à paraître dans la presse française : Libération, Le Figaro, Géo Ado.

La rencontre

En 2009, je rencontre un autre photographe français, Alex Chailan.

On partage la même envie : sortir la photo de paddock de sa routine et lui donner un style plus mode. Alors on tente une chose que personne n’avait jamais faite en MotoGP — sortir un vrai flash de studio dehors, sur les grilles de départ, en plein jour.

Le principe : le flash éclaire le sujet pendant qu’on assombrit le ciel et le décor. Le sujet se détache, la lumière devient franche, et l’image prend une atmosphère très particulière, presque cinématographique — loin de la photo de sport habituelle en lumière naturelle.

Ça détonne, et cette audace nous ouvre des portes qu’on n’espérait pas.

De la piste à la Playmate

En 2010, on commence à travailler pour le team LCR Honda.

Je réalise les photos de présentation de l’équipe sur le circuit de Losail, au Qatar.

Et ce style mode qu’on a imposé sur les grilles finit par déborder de la piste : la même année, une de nos séances donne une couverture et un shooting pour Playboy Italie (sponsor principal du team LCR) à Milan.

De la ligne de départ au studio, c’est la même chose qui fait le lien — la lumière et la mise en scène.

La Dorna s'intéresse à nous

À nos débuts, difficile d’obtenir les pilotes pour des séances posées : ils sont très sollicités, le temps leur manque.

On se tourne vers les hôtesses, bien plus accessibles, et c’est avec elles qu’on affine notre style — sur les grilles comme en dehors.

Ce qui ressemblait à un pis-aller se révèle la bonne stratégie : notre travail  finit par attirer l’œil du promoteur du championnat, la Dorna. Ils réalisent un petit clip sur nous et sur nos séances — la vidéo dépasse les 100 000 vues en quelques jours.

Le lendemain du shooting, on nous fait une proposition qui va tout changer : réaliser les photos officielles de la saison suivante.

Les photos officielles du MotoGp

2011. Au Qatar, pour le premier Grand Prix de l’année, la Dorna met un studio à notre disposition — et fait même acheminer deux palettes de notre matériel par avion.

Des conditions de travail exceptionnelles. Pendant une semaine, avec Alex, on photographie tous les pilotes du plateau, leurs motos et leurs casques, et on réalise la photo officielle de tout le plateau sur la ligne de départ.

Ces images ont un rôle officiel : elles alimentent le media guide du championnat et servent à illustrer le visage des pilotes lors des diffusions TV. Une semaine hors du temps, à faire poser les plus grands noms du MotoGP les uns après les autres. Certains prenaient même le temps de s’attarder : Valentino Rossi a dédicacé quelques-uns de nos tirages entre deux prises.

Avec le champion du monde

De tous les pilotes, c’est avec Jorge Lorenzo qu’une relation à part se noue. À l’époque, il court dans l’ombre de Valentino Rossi — l’icône que le monde entier photographie — et il cherche, lui aussi, à imposer sa propre image, à se démarquer. Alors il joue le jeu avec nous. Sur la grille de départ, il descend de sa moto pour qu’on saisisse des images plus spectaculaires que la routine du sport. Dans la pit lane, il fait ses étirements juste devant notre objectif. Des instants que personne d’autre n’a.

Cette confiance nous ouvre des moments rares. À Barcelone, la Dorna organise un flashmob avec Jorge devant la Sagrada Família — une mini grille de départ reconstituée en pleine rue, au pied de la basilique — et on est les seuls photographes présents.

À Misano, on lui consacre un shooting spécial : au crépuscule, il saute, le drapeau « Lorenzo’s Land » claquant au vent. Cette image fera la couverture du magazine ukrainien BIKE, pour une interview exclusive du champion du monde.

Puis le magazine français SportBike nous commande un reportage chez lui, dans les environs de Barcelone. Dans son garage — un garage de rêve — on découvre notre toute première photo de lui, tirée en très grand format et rétroéclairée, accrochée là comme une œuvre. On est comblés : on pose tous les trois devant l’image. On le shoote chez lui, au bord de sa magnifique piscine.

De la grille à la Sagrada Família, de Misano à sa piscine, on aura accompagné un champion du monde bien au-delà de la course — jusque dans la façon dont il voulait être vu. Photographier un champion, c’est déjà rare ; participer à construire son image, ça l’est encore plus.

Monster Energy

Les débuts : Ken Block pour FHM

Monster Energy, c’est une cible qu’on se fixe dès nos débuts avec la Dorna. On adore leur communication : une image plus brute, plus rock, moins lisse que celle de Red Bull — ça nous ressemble.

Alors on court après leur responsable com Europe pendant des mois. Et au moment précis où on n’y croit plus, il nous rappelle : un shooting. Avec Ken Block, rien que ça, à Barcelone, pour FHM. C’est comme ça que commence l’aventure Monster.

Quand Monster fait le show

Ensuite, on travaille pour la marque quand elle est sponsor-titre d’un Grand Prix — comme au Mans. On couvre alors toute son animation : le « Rigriot », la structure Monster où s’enchaînent les shows, les Monster girls qui mettent le feu, les distributions de goodies que tout le monde s’arrache. Partout, ce logo qui fait la force de la marque.

 

Les portraits d'athlètes

Au-delà des Grands Prix, on réalise aussi les portraits des athlètes Monster : le champion du monde de F1 Lewis Hamilton, la légende du Tourist Trophy John McGuinness, le roi du FMX Edgar Torronteras, les pilotes MotoGP Cal Crutchlow et Bradley Smith.

Beauty shots

Et à chaque Grand Prix, on a la charge des « beauty shots » de la marque — quelques images emblématiques de ses pilotes, saisies dans le box, la pit lane ou sur la grille : Rossi, Lorenzo, Crutchlow, Espargaró.

Yamaha

Les premières missions Yamaha Factory

Tout commence doucement — deux ou trois missions, pas plus — pour le team Yamaha Factory. L’équipe a repéré notre travail avec Jorge Lorenzo, et notre statut de photographes officiels de la Dorna nous offre une crédibilité incroyable. C’est la porte d’entrée.

Une semaine avec les teams officiels

On travaille ensuite pour une des agences de communication de Yamaha Europe — l’un de ses dirigeants venait justement de chez Yamaha Factory.
Et là, tout s’enchaîne. On démarre par une semaine de photo et de vidéo à Alcarràs, studio monté dans un box du circuit, pour la présentation des teams officiels World Superbike et Endurance. Un très, très gros chantier.

Le programme Yard Built

Pendant deux ans, on couvre le programme Yard Built : Yamaha confie une moto de série à un préparateur, qui a carte blanche pour la transformer, et on réalise les photos et la vidéo de présentation de chaque projet.

On intègre Frank Donzelli à notre équipe, et on voyage jusqu’à Los Angeles et Taïwan pour ces motos. Une expérience incroyable.

Les 60 ans de Yamaha

Pour ses 60 ans, Yamaha ressort sa livrée mythique « speed block », jaune et noir. On réalise le shooting au Castellet, sur le Circuit Paul Ricard : la R1 anniversaire face à sa version course, sous le soleil provençal. Nos images serviront ensuite à la marque — fiche officielle sur son site, film diffusé sur le stand Yamaha du Salon de la Moto de Paris. C’était le but de la commande.

La moto déjantée

Yamaha nous envoie aussi couvrir deux événements qui sortent complètement du cadre : le Glemseck 101 en Allemagne, ses runs de sprint et sa culture café racer, et le Dirt Quake au Royaume-Uni, où tout le monde balance n’importe quelle moto sur un ovale de terre. Deux ambiances brutes et festives, à mille lieues des paddocks — et un régal à photographier.

WR450

Yamaha nous confie aussi la présentation de sa gamme enduro, les WR250F et WR450F. Direction les Corbières : pistes de terre rouge, poussière et lumière rasante, pour saisir ces machines dans leur élément.

Filmer les Grands Prix

Et pour finir, on passe à la vidéo sur les Grands Prix, directement pour Yamaha Japon. Filmer le MotoGP, c’est le graal complet — avec, sur le dos, nos beaux polos du team officiel.